Denis Baupin et les ambitieuses politiciennes

Ça y est Denis Baupin a sa stratégie de défense et attention ça vole haut : il est un gentil libertin et les accusatrices mentent pour le faire couler politiquement. Traduction au choix : “Je suis resté coincé au 18ème siècle dans ma conception des rapports de séduction, et je suis tellement important dans le paysage politique français qu’on met en place des cabales médiatiques pour m’anéantir.” ou “Je m’amusais naïvement sans voir que de vilaines femmes avec leurs dents qui rayent le parquet me manipulaient”. Qui, à part des complotistes, peut croire à une telle défense ? On l’a tant et tant entendu cette rengaine de la mécanique phallocratique bien huilée, que cette fois elle sonne faux ! 

À ce jour, 13 femmes ont témoigné dans la presse. 13 femmes qui mentent, donc, pour faire tomber l’indispensable Denis Baupin, promis à une carrière politique hors du commun, avant que ces accusations ne viennent ruiner son bel avenir. On se demande comment s’est préparé ce complot féminin… Elles se sont réunies dans un café pour décider ?

“Bon ça suffit Denis Baupin, c’est l’homme à abattre, comment on pourrait faire ?

– Et si on l’accusait de harcèlement sexuel ?                                                                           

– Ah ouais trop bien !                                                                                                                  

– On fait comment ? On publie un article ?                                                                            

– Oui, on appelle 13 femmes et on leur demande de mentir, on demande à des dizaines d’hommes et de femmes politiques de corroborer nos dires, et après la publication on continue pour convaincre d’autres femmes de témoigner aux enquêteurs.                        

– Ça tombe bien y a les copains de Médiapart et France Inter qui détestent Baupin, parce qu’il est dangereux politiquement, et ils s’en foutent de foutre en l’air leur carrière journalistique si ça peut briser celle de Denis, on va leur demander d’écrire n’importe quoi, ils seront d’accord.”                                                                                                        

À moins que tout ceci n’ait été décidé dans une instance occulte d’EELV. Si ça se trouve, il y a même des hommes impliqués dans le complot. Car tout le monde veut la mort politique de Denis Baupin.

Ça va les chevilles ? Au risque d’en vexer certains, je rappelle que Denis Baupin était inconnu du grand public il y a encore un mois, et les seules personnes que beaucoup veulent voir tomber actuellement sont Valls et Hollande. Ça ne se place pas au même niveau. Donc un peu de sérieux messieurs… le problème ce n’est pas le député de Paris, certainement compétent, ni le père, ni le mari, ni l’ami, etc. Le problème n’est pas ce qu’est Denis Baupin, mais les faits dont on l’accuse, ses actions donc.

On pourrait m’opposer que, tout de même, cette histoire va booster la carrière politique des accusatrices, c’est évident. On sait comment sont les femmes, elles en veulent toujours plus. Elles ont tout à fait pu se dire qu’un bon scandale leur ferait gagner de la popularité, voire les prochaines élections. J’imagine déjà les affiches de campagne « Votez pour la femme qui a dénoncé Baupin ». C’est bien connu avoir été victime de harcèlement sexuel est un argument politique imparable, une porte ouverte vers la gloire.

Au contraire, avoir parlé risque de desservir les femmes qui l’ont fait. Désormais, pèse sur elles le soupçon du mensonge. Les hommes politiques mentent tous les jours, ça ne choque personne. Mais qu’une femme politique accuse un homme de harcèlement, la voilà suspecte et cela choque l’opinion. Pire encore pour être élue, depuis le 9 mai, en plus de l’étiquette de femmes, celle de victimes leur colle à la peau. Une victime est faible, il faut la protéger. Or on demande à nos élue-s précisément le contraire, c’est-à-dire d’être les protectrices de nos droits et libertés. Non, parler n’était pas une stratégie de carrière rentable. Donc il y avait encore moins d’intérêt à mentir.

Il reste donc aux détracteurs le choix de la date. Comme par hasard, cela sort au moment où Baupin vient de quitter EELV. C’est louche !

L’enquête a duré plusieurs semaines, depuis le 8 mars où une des victimes a publié un post Facebook éloquent. Denis Baupin avait tweeté une photo de lui avec du rouge à lèvres pour dénoncer les violences faites aux femmes. Elen Debost, outrée, a relayé la photo en accusant à demi-mot le député. Va-t-on dire qu’elle traquait les tweets de Denis Baupin pour pouvoir dégainer au bon moment ? La fameuse réunion pour décider de la stratégie pour faire tomber le député de Paris, aurait-t-elle eu lieu avant ou après ? Le suspens est insoutenable… Il est plus raisonnable d’imaginer qu’il y a une part de hasard et un concours de circonstance.

Le hasard c’est que Denis Baupin a posté cette photo ce 8 mars 2016, et qu’une de ses accusatrices l’a vue et a réagi sur Facebook. Ce 8 mars 2016, plusieurs femmes qui se disent victimes ne sont plus, comme à l’époque des faits qu’elles relatent, en situation de faiblesse ou dépendantes d’une manière ou d’une autre de Denis Baupin. Elles sont élues, leur carrière est lancée et elles ont moins peur des répercussions négatives de telles révélations. Enfin, effectivement, ce 8 mars 2016, Denis Baupin est en mauvaise posture dans son propre parti et tout le monde le sait sur le départ. Celui qui dominait ces femmes par son pouvoir et son expérience, dans le parti comme à l’extérieur, est en situation de relative faiblesse.

On sait que dans les cas de harcèlement sexuels, les révélations, qui peuvent mettre en danger les victimes, arrivent lorsque ces dernières se sentent plus fortes qu’elles ne l’étaient au moment des faits (d’où le temps parfois long avant les dénonciations). En effet, dans l’écrasante majorité des cas de harcèlement, les victimes sont en situation de faiblesse ou de dépendance vis à vis de leur agresseur. Parfois, pour retrouver confiance en soi, pour se sentir plus forte et donc avoir le courage de parler des violences subies, voir le harceleur ou l’agresseur moins puissant qu’il ne l’était est un élément facilitant. Ces deux facteurs étaient réunis en mars 2016. Inutile de chercher plus loin que ce concours de circonstances le choix de la date.

Lorsque je parle à des victimes de harcèlement de rue des manières de se défendre, je ne dis pas autre chose : si l’on est en situation de faiblesse, il faut fuir ou trouver de l’aide, on ne se défend par la confrontation que si, et seulement si, on a la force nécessaire (émotionnelle, mentale et physique) pour taper fort (avec les mots ou avec les poings). Et bien sûr on frappe où et quand ça fait le plus mal… Et on voudrait nous le reprocher ?!!

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