Harcèlement sexiste, une violence systémique à combattre en amont !

Le 16 avril 2015, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a rendu un avis sur le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun. Commandé par le secrétariat d’état aux droits des femmes, il propose plusieurs recommandations qui ont été largement exposées dans les médias. Ce qui a moins été dit, c’est qu’il permet un changement de vision sur les violences faites aux femmes et aux LGBT dans l’espace public.

©ThomasMathieu

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La reconnaissance du harcèlement de rue comme violence systémique

L’existence de ce rapport permet de nommer le harcèlement sexiste dans l’espace public, appelé aussi harcèlement de rue. L’utilisation des termes « harcèlement sexiste » dans ce document renforce la légitimité d’un vocable imposé par les collectifs et associations dans le langage courant. Nommer, pour petit à petit réduire la tolérance de la société, qui préfère enjoindre les femmes à se faire plus petites et à avoir peur.

Dans le même rapport sont associés le harcèlement sexiste et les violences sexuelles. Cela montre qu’il existe un continuum entre le sexisme diffus et les agressions sexuelles. De la même manière que nous ne tolérons pas les agressions sexuelles, nous ne pouvons donc pas tolérer ce sexisme ordinaire qui a des conséquences sur le quotidien et la santé des femmes.
Le harcèlement des femmes et LGBT est une manifestation du patriarcat. Il doit être combattu comme tel. L’existence et le titre du rapport permette de l’affirmer comme volonté des pouvoirs publics.

Vers une meilleure manière de penser la prévention ?

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“Cri de pouvoir” dans un atelier de prévention aux agressions dans une école de Montréal, ©CPAM

En France, la question de la prévention des violences se pose en un seul bloc. Elle pourrait être différenciée selon deux critères : le fait que les violences soient l’expression d’un système (racisme, sexisme, homophobie) ou non, et le type de prévention. Les pays germanophones définissent trois préventions : primaire, secondaire et tertiaire. (1)

La prévention tertiaire aide les victimes (associations de victimes, refuges pour femmes battues, etc). La prévention secondaire tente de modifier le comportement des victimes et surtout des agresseurs (thérapie, campagne de prévention). Mais alors il faut qu’il y ai déjà des victimes et des agresseurs.
La prévention primaire, trop souvent oubliée, agit en amont des agressions. Il s’agit d’éliminer les facteurs qui font de certaines personnes des victimes et d’autres des agresseurs. Or nommer le « harcèlement sexiste », reconnaître un climat de sexisme ordinaire, et le placer dans un continuum de violences qui peuvent mener aux agressions sexuelles, sont nécessaires dans cette approche. Car alors, les violences sexistes ne peuvent plus être considérées comme des accidents individuels, mais comme un problème global : à cause du système patriarcal dans lequel nous vivons, les femmes et les LGBT sont des groupes de personnes plus exposés à la violence ou à la peur de la violence.

L’avis du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes permet ce premier pas vers une prévention primaire. Le second pas serait de mettre en place des politiques publiques visant à éliminer les facteurs qui enferment agresseurs et victimes dans leurs rôles d’agresseurs et de victimes. L’avis ne fait qu’effleurer cette piste qu’il faudrait explorer plus avant.

La première étape sur cette nouvelle piste, est de donner aux femmes et aux personnes LGBT la légitimité à dire non et à fixer leurs limites. Les propositions de l’avis le permettent, en favorisant une défense à postériori (numéro vert, meilleur signalisation des systèmes d’alarme, etc). Leur mise en oeuvre changerait petit à petit les postures des victimes. De même, retirer les publicités sexistes agirait sur le climat ambiant afin de ne plus enfermer hommes et femems dans des rôles de dominant et de dominée.

L’avis ne franchit pas la seconde étape : apprendre aux potentielles victimes à se défendre seules. C’est si simple que les féministes anglo saxonnes y ont pensé depuis quarante ans. Car donner les moyens de chercher de l’aide si l’on en a besoin n’a aucun intérêt si les victimes n’ont pas conscience de ce besoin et qu’elles s’enferment dans une position de victimes. Tant que la société nous enjoint à avoir peur et à dire oui à tout, il est impossible de connaître ses limites, de les fixer et de les défendre. Comment améliorer cette situation ?

En apprenant dès le plus jeune âge aux groupes sociaux les plus vulnérables des principes simples : avoir confiance en soi, être conscient-e de sa valeur et de ses limites, savoir les exprimer sans violence, calmement, savoir quand et comment agir (fuir, chercher de l’aide, se défendre verbalement, voire, si l’on y est acculé se défendre physiquement). Cela passe bien sûr par un climat général dans la société, mais aussi par des exercices et des actions de prévention effectives, comme il en existe dans les pays anglo saxons notamment.

Le travail engagé par le gouvernement sur la question des violences sexistes dans l’espace public pourrait-il mener à un changement de vision des politiques de prévention ? Il s’agit pour les associations de continuer le travail dans ce sens.

(1) Zeilinger Irene, 7 mai 2003, L’autodéfense un instrument de prévention primaire, intervention au Congrès international francophone sur l’agression sexuelle, Bruxelles (Belgique)

Et pour le plaisir, une femme, très calme, qui sait se défendre en 1947

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