La com de la RATP : des poules piailleuses mais pas de porc vicieux !

Alors que le Haut conseil à l’égalité femmes hommes doit rendre un avis en avril 2015 sur le problème du harcèlement sexiste et des violences sexuelles dans les transports en commun, alors que Pascale Boistard, grâce aux actions de Stop harcèlement de rue (les photos de la dernière action dans le métro ici) et d’Osez le féminisme, s’est saisie de ce dossier, la RATP a relancé sa campagne d’affichage pour contrer les incivilités sur son réseau : « Restons civils sur toute la ligne ».

C’est le “5ème et dernier tour de piste des animaux de la campagne” nous rappelle la RATP, qui affirme faire des incivilités (et non de la civilité) un enjeu majeur. Problème : aucune mention du harcèlement sexiste pourtant tellement présent !

Le concept de la campagne semble amusant. Un-e voyageur-euse à tête d’animal commet une “incivilité” et un message (qui se veut) humoristique lui explique ce qu’il risque ou en quoi son comportement est gênant. Pourquoi pas. D’ailleurs cela prêterait à sourire, si les thèmes étaient cohérents avec ce que nous vivons chaque jour dans les transports et surtout si les animaux choisis n’étaient pas stigmatisants pour une partie des voyageurs-euses.

Il y a la grenouille qui fraude, le paresseux qui s’étale, le phacochère qui prend le métro pour sa mangeoire, la poule qui caquette au téléphone, la tortue qui porte sa maison sur son dos, ou encore le troupeau d’éléphants qui bloque le passage. Soit. Il y a surtout un grand absent : le macho, le harceleur, l’agresseur, le frotteur, bref le gros porc qui enquiquine le quotidien des femmes et des LGBT dans leurs déplacements.

La grenouille rebelle

 

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La fraudeuse est une jeune grenouille, assez alerte et fraîche pour sauter le portillon. Une incivilité (certes), qui ne dérange que le chiffre d’affaire de la RATP, pas les voyageur-euses entassé-es comme du bétail dans les wagons de certaines lignes. Chacun ses petits soucis.

Le phacochère dégoûtant

 

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Le crassepouille est un phacochère, une sorte de cochon sauvage de la savane. Comme la couleur de ses mains nous l’indique, il est africain, (donc ?) il mange un kébab et (évidemment ?) il en met partout. Beaucoup de personnes, de tous les niveaux sociaux et de toutes les nationalités se voient obligées de manger dans les transports. La plupart du temps ce n’est pas par plaisir. Sans excuser les mimi cracra du métro, il n’était peut-être pas nécessaire d’induire dans l’imaginaire des voyageurs que seuls les immigrés sont concernés par le message.

La cocotte hystérique

 

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C’est bien connu, les femmes caquettent, piaillent, gloussent. Ainsi, l’animal qui  nous fait profiter de sa conversation privée dans le bus ne pouvait être qu’une poule.
Poule est un terme d’argot parisien apparu dans la première moitié du 20è siècle, il désigne au départ une prostituée et par extension une femme légère, « facile » ou une maîtresse. On le dit aussi d’une femme voyante (en manteau rouge par exemple) et vulgaire. Dans les “poules” on trouve aussi la « poule de luxe », c’est-à-dire la courtisane ou excort ; et la « vieille poule », une vieille femme un peu décrépie à qui on prête un passé « douteux ». Le terme argotique de poule est toujours beaucoup employé aujourd’hui et il est passé dans l’imaginaire collectif pour désigner les femmes. On parle de « vrais poulaillers » quand plusieurs femmes parlent fort ou se disputent. Et on se souvient des caquetages des députés, quand Cécile Duflot avait mis une nouvelle robe à l’assemblée nationale.
Les mots ont un sens, les images aussi. La RATP fait preuve là de sexisme ordinaire en se servant d’une image dépréciative des femmes pour amuser la galerie. En cela, elle contribue à véhiculer des stéréotypes et clichés.

Le gros porc vicelard et sexiste (le grand absent)

 

Il y a un grand absent dans ces affiches il s’agit du frotteur, harceleur, macho ordinaire, l’exhibo, l’agresseur. Cet animal là ne dérange que les femmes, pas tous les voyageurs. Il ne rajoute pas de travail aux agents de la RATP. Ils n’ont pas à ramasser ses ordures (elles restent dans le caleçon), ils n’ont pas à demander de se taire ou d’être discret, il n’y a aucun manque à gagner pour l’entreprise. Pourtant les insultes sexistes et les agressions sexuelles sont passibles de sanctions bien plus importantes que la fraude ou le bruit !

Je regrette de ne pas pouvoir vous montrer l’affiche qu’on attend encore. Celle du gros porc vicieux avec le slogan «  qui frotte son zizi sur mes fesses risque de prendre un genou dans les ② bourses » ou en moins vulgaire « qui met une main aux fesses, risque ① poing dans la figure » ou allez, soyons soft « qui commet une agression sexuelle risque ①⑤④⑦ euros d’amendes »

La RATP peut bien nous rappeler à l’ordre en nous culpabilisant, et en véhiculant une image dégradante de ses clientes, les féministes, notamment Stop harcèlement de rue continuerons de lui demander des engagements :
– du personnel pour prévenir et condamner les violences
– une application qui permettrait de signaler les violences et les lieux de chasse des frotteurs
– une meilleure signalisation des dispositifs d’alerte, et l’incitation a les utiliser en cas d’agression
– la diffusion de messages sonores et visuels contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports

Toutes ces mesures ne coûteraient pas beaucoup plus cher que la répétition d’une campagne de pub pour protéger les intérêts de l’entreprise. Et les droits des femmes et des LGBT de voyager tranquille, on les protège quand ?

Note 15 avril 2015 : Depuis cet article, Stop harcèlement de rue a proposé une magnifique affiche pour compléter la collection, le crocodile agresseur qui risque 5 ans de prison !

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