Le macho de la semaine ou pourquoi les femmes sont moins intelligentes

Quand j’ai vu qu’un député européen soutient que les femmes doivent être moins bien payées que les hommes parce qu’elles sont moins intelligentes, je me suis dit que j’allais épingler un macho par semaine et tirer de son ou de ses actions quelques arguments pour faire avancer les mentalités. On commence donc avec Janusz Korwin-Mikke, ses mensonges et ses délires sur l’intelligence supposée moindre des femmes. Alors, sale macho, pourquoi les femmes semblent moins intelligentes ?

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Une journaliste m’a dit récemment, « aux alentours du 8 mars, il faut se blinder pour se préparer aux attaques de toute part ». Et cette année on a été servi. Par exemple Phosphore s’est fendu d’un article se demandant sérieusement si les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes ou non. Il paraît que c’est pour que les ado se forgent eux-mêmes une opinion. On leur expose sans aucune critique les arguments des défenseurs des droits des femmes, puis ceux des réactionnaires et ils sont censés choisir tout seul de défendre l’une ou l’autre des options. Comme si les 2 opinions se valaient (ne serait-ce que d’un point de vue juridique). Les jeunes qui ont choisi le camp du non, grâce aux arguments pertinents exposés par Phosphore pourront donc soutenir la position du député européen polonais Janusz Korwin-Mikke qui a défendu en pleine séance sur la lutte contre les inégalités salariales entre hommes et femmes, la nécessité de les maintenir.

Avec un argument choc : “les femmes sont plus petites, plus faibles et moins intelligentes que les hommes”. On se dit que soit on a mal entendu, soit le type va nous sortir une démonstration scientifique révolutionnaire pour expliquer la supériorité intellectuelle du mâle. Après tout, puisque c’est un homme il est intelligent. Et bien non, Janusz Korwin-Mikke appuie son argument sur 2 exemples ridicules : les 100 meilleurs joueurs d’échec au monde sont des hommes (c’est plus ou moins faux) et la 1ère femme des olympiades de physique en Pologne est classée 800ème (c’est faux,). Donc les hommes sont plus intelligents. Donc les hommes sont mieux payés. CQFD (ou pas). On voit aisément que ce député ne maîtrise pas les règles de la démonstration rhétorique. En appliquant son raisonnement bancal je pourrais dire que  comme 90% des femmes que je connais savent que ce n’est pas un exemple (faux en plus) qui fait la démonstration, elles sont plus intelligentes que lui. Et de là je peux tirer la conclusion que si 90% des femmes que je connais sont plus intelligentes qu’un homme c’est que les femmes sont plus intelligentes que les hommes. Non ça marche pas ?

L’évolution des connaissances en neurosciences a permis de battre en brèche les idées reçues sur les différences naturelles entre les femmes et les hommes. Et la hiérarchisation de ces différences, au profit des hommes bien sûr. Les dernières recherches utilisant l’IRM ont montré que, pour une même tâche, la variabilité entre les individus d’un même sexe dépasse la variabilité entre les sexes : il y a plus de différences entre le cerveau d’un pianiste et d’un footballeur qu’entre le cerveau d’un homme et celui d’une femme. C’est donc bien l’éducation et les attentes sociales qui expliquent des différences de performance entre les filles et les garçons. Or les 2 exemples donnés par ce député prouvent, non pas la supériorité des hommes, mais la discrimination envers les femmes.

Les 100 meilleurs joueurs d’échec sont des hommes parce que les femmes sont écartées des championnats.

Le jeu d’échecs était pratiqué quasi-exclusivement par des hommes jusqu’au 20ème siècle. Aujourd’hui, le nombre de licenciés dans les fédérations de jeu d’échecs est à une écrasante majorité composé d’hommes. Dans les pays où il y a plus de licenciées femmes, il y a plus de femmes dans le top 100 des joueurs, comme en Géorgie ou en Chine. Depuis que, tranquillement, les échecs perdent leur étiquette d’activité masculine le nombre de femmes classées augmente. Preuve que le problème ne venait pas du cerveau des femmes, de leur absence du gêne des échecs, mais bien de la possibilité de jouer.

Ou de la possibilité de se mesurer aux hommes. En effet, les fédérations de jeux d’échecs pratiquent la discrimination négative. Le championnat est censé être mixte mais en réalité il est fréquenté principalement par des hommes car les fédérations organisent à côté de ce championnat des compétitions ouvertes uniquement aux femmes. En France, la fédération édite même un guide pour organiser ces compétitions en précisant notamment qu’il faut mettre des fleurs dans la pièce. Les femmes sont encouragées à participer à ce championnat, de fait plus facile, plutôt qu’au championnat mixte, qui devient donc un championnat masculin. L’association Echecs et mixte dénonce depuis 2 ans cet état de fait et tente de promouvoir une vraie entrée des femmes dans les fédérations de jeux d’échec.

Bref, les fédérations de jeux d’échecs sont misogynes et cela explique plus certainement l’absence de femmes dans le top 100 mondial qu’une supposée infériorité des femmes à ce jeu. D’autant plus que pour être bons aux échecs il faut certes de l’intelligence mais surtout beaucoup d’entraînement. Or comment s’entraîner efficacement quand on est une fille dans une fédération qui n’incite pas ses membres féminins à avoir les mêmes objectifs sportifs que les garçons ?

Les femmes ne font pas de physique (sauf les polonaises émigrées en France) ?

Le second argument (enfin exemple) à 2 zloty pour nous prouver que les femmes sont moins intelligentes que les hommes est le palmarès des olympiades de physique en Pologne. Il paraît que la première femme est classée 800ème. Quand on se rappelle que Marie Curie était polonaise, on est avant tout en droit de se demander devant un tel résultat ce que la Pologne a fait en matière d’éducation des femmes pendant 100 ans pour atteindre un si piètre résultat. En réalité ce chiffre est faux.

Les olympiades de physique sont une compétition lycéenne internationale. Je suis allée voir sur le site Il n’y a pas 800 participants en Pologne et il y a des femmes dans les lauréats, comme ici en 2015. Cet exemple est donc faux. Ceci dit, il y a peu de jeunes filles dans les premières places des olympiades de physique. Parce qu’elles sont moins intelligentes ? Certainement pas.

Les disciplines scientifiques sont encore dominées par les hommes, non pas à cause de leur intelligence supérieure mais en raison de la croyance ancestrale qu’elles seraient l’apanage du mâle. Les sciences font d’ailleurs l’objet de programmes pour promouvoir l’implication des femmes de la maternelle à l’université dans les mathématiques et la physique notamment. En Pologne on semble loin du compte, par exemple le comité d’organisation des olympiades physique est composé exclusivement d’hommes.

La menace du stéréotype semble bien plus opérante pour expliquer les piètres résultats des femmes aux olympiades. Donner un exercice de tracé géométrique intitulé « mathématiques » à une classe et les garçons réussiront mieux que les filles, appelez le même exercice « dessin » et vous obtiendrez le résultat inverse. Par un mécanisme psychologique bien connu, le stéréotype « les femmes ne sont pas doués en sciences » se révèle vrai. Il y a donc fort à parier que, se considérant de toute façon pas à la hauteur, de nombreuses jeunes femmes ne s’inscrivent pas. D’autant plus que l’esprit de compétition est encouragé, à l’école et ailleurs, chez les garçons bien plus que chez les filles, à qui on demande beaucoup moins de se mesurer aux autres.

Femmes et hommes présentent les mêmes capacités intellectuelles et les différences se jouent selon les activités qu’ils et elles exercent, qui décuplent différentes compétences mentales. Or les compétences mentales valorisées dans notre société se développent comme par hasard plus souvent dans des activités pratiquées majoritairement par des hommes, et dont les femmes ont longtemps été éloignées. La sortie de Janusz Korwin-Mikke et la répartie bien sentie de sa collègue espagnole, montrent, s’il n’était besoin, que pour être député, les hommes n’ont pas besoin d’être intelligent, tandis que cela demande encore aux femmes du courage, de la sagacité et de la force.

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