Le scoutisme c’est de l’éducation populaire ?

BP

Portrait de Baden-Powell, fondateur du scoutisme, version pop art

Il fallait bien trouver quelque chose pour lancer ce blog. Un billet  qui pose une question qui sera sûrement traitée maintes fois ici. Avant tout j’aurais pu, et sûrement dû, tenter de définir l’éducation populaire (ou les éducations populaires) et le (ou les) scoutisme(s). Je passe directement à l’étape d’après, pour mieux y revenir, tant cette question est centrale dans mon raisonnement. Et à en voir le ridicule de Baden-Powell version pop art, la réponse ne semble pas pour tout de suite.

Partons du principe que si la question se pose, c’est qu’il y a une différence. On doit donc pouvoir parler des liens entre ces deux milieux. Je dis “milieu” en attendant un meilleur terme.  La définition de l’éducation populaire est variable, comme le dit Jean-Marie Mignon, celle « des uns ne recouvre pas celle des autres, elles se côtoient sans toujours se croiser ». Le scoutisme se définit de manière plus formelle. Notamment parce qu’il applique une méthode normée, décrite très précisément par son fondateur (Baden Powell pour ne pas le nommer). Il en découle que pour se dire “scout” il faut répondre à des critères et adhérer à des organisations mondiales officielles.

Le scoutisme est, selon Gérard Cholvy, une « greffe réussie de l’éducation nouvelle ». Il propose des activités complémentaires à l’école. Il adopte des moyens et des buts de l’éducation populaire. À sa création, il n’entretenait pas de liens privilégiés avec les institutions d’éducation populaire comme la Ligue de l’enseignement. Mais on retrouve des acteurs de l’éducation populaire et de l’enseignement chez les premiers scouts et vice-versa. Pensons, par exemple, aux dirigeants du scoutisme laïque, les Éclaireurs de France, souvent par ailleurs inspecteurs voire hauts fonctionnaires du ministère de l’instruction publique.

À partir des années 1930, des scouts sont membres fondateurs de mouvements d’éducation populaire : les Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active (CEMEA) ou  les Francas, par exemple. Les mouvements du Scoutisme Français sont membres du bureau du Conseil National des Associations de Jeunesse et d’Éducation Populaire (CNAJEP) depuis sa création en 1968. Il existe donc des liens institutionnels entre scoutisme et éducation populaire. La fédération du Scoutisme Français regroupe les cinq associations historiques de scoutisme en France : les Éclaireuses et Éclaireurs de France (laïques), les Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France (protestants), les Éclaireurs Israélites de France (juifs), les Scouts et Guides de France (catholiques) et depuis peu les Scouts Musulmans de France.  Cette fédération et toutes ses associations sont agréées « associations d’éducation populaire » par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Ainsi le scoutisme a, depuis 1961, participé à la cogestion de la politique jeunesse en siégeant dans certaines instances. Enfin, le scoutisme fait partie, depuis plusieurs décennies, des préoccupations des chercheurs en matière de mouvements de jeunesse et d’éducation populaire.

Il y a  deux limites à ces liens. Celle du mouvement confessionnel : les années 1950 et 1960 ont vu un clivage avec les mouvements laïques, plus proches de l’école et qui ont accompagné le “péri-scolaire”. Le scoutisme n’a pas pris  le chemin de l’action socio-culturelle ou de la formation permanente. D’autre part, le scoutisme ne s’inscrit pas dans les nouveaux contours que se donne l’éducation populaire, intégrant des méthodes militantes plus éloignées des institutions. S’il s’empare des nouveaux défis du siècle, il ne remet pas en cause sa méthode initiale devant l’émergence de mouvements qui réinventent les façons de s’emparer du politique.

Dans les prochaines années, l’éducation populaire risque de continuer à cliver. D’un côté les grandes fédérations qui accompagnent les pouvoirs et sont complémentaires de l’école (et cela va s’accentuer suite à la réforme des rythmes scolaires). De l’autre, une myriade de mouvements plus ou moins formels, satellites du mouvement social, qui réinventent les manières de s’emparer du Politique. Dans ce paysage, il sera toujours plus difficile au scoutisme de se positionner. Lui qui n’intègrera jamais la seconde proposition, pourra-t-il prendre le tournant du partenariat dans un contexte de baisse des subventions de fonctionnement au profit des appels d’offres ?

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