Le scoutisme et Montessori… exercice de comparaison

Les pédagogies du scoutisme et la pensée de Maria Montessori ont-elles un lien ? Si on jouait au jeu des erreurs et ressemblances…

Montessori est devenue une marque. Une marque connue et tendance, bien que non déposée (ce qui donne lieu à toutes sortes de dérives quant à sa pensée, mais c’est un autre débat). C’est sûrement ce qui explique que j’entende de plus en plus parler de liens entre Montessori et le scoutisme dans mon travail. La comparaison que je m’apprête à faire est avant tout un exercice de style, étant donné qu’il n’y a que peu de liens intellectuels entre la pédagogue italienne et les quelques théoriciens de la pédagogie du scoutisme. Cependant, établir des ressemblances et des divergences permet de montrer la richesse des diverses approches éducatives, dans et hors l’école, pour former des citoyens et citoyennes libres et émancipés.

Les liens de pensée entre Montessori et le scoutisme

Maria Montessori est une psychiatre italienne qui, au début du 20ème siècle, traite des enfants “attardés” (c’est le terme utilisé à l’époque). Je suis toujours étonnée de penser que les instituts Montessori, aujourd’hui réservées à une élite, sont issues d’une méthode pensée dans les faubourgs de Rome pour des enfants qu’on appelait alors des “débiles”.  À leur contact Maria Montessori construit une pensée sur le développement infantile et une méthode pédagogique, qui s’appuie sur la manipulation d’objets spécifiques. Il s’agit d’un matériel précis, imaginé par la pédagogue : des encastrements aux formes et aux couleurs définis, des lettres rugueuses, des bouliers… Tous ces objets doivent être rangés à un endroit indiqué dans la classe.

Les écrits et l’expérience de Maria Montessori ont révolutionné le regard sur l’enfant et son développement. Il est à noter d’ailleurs, contrairement à l’idée reçue qui fait aujourd’hui de Montessori le fer de lance de la résistance à l’école publique, que les écoles maternelles publiques doivent énormément à Maria Montessori. Et ce, sous l’impulsion, dans l’entre-deux-guerres, de professionnelles proches de l’éducation nouvelle, inspectrices, mais aussi nombreuses institutrices et “jardinières d’enfants”. Certaines d’entre elles étaient, par ailleurs, engagées bénévolement dans le scoutisme comme cheftaines, formatrices ou cadres.

Les liens de pensée entre Maria Montessori et le scoutisme sont peut-être plus forts, et cela mériterait une recherche historique, pour dépasser les hypothèses. Cependant, à une période où se multiplient associations et groupements d’éducation nouvelle, publications et revues, colloques transnationaux, ligues et instituts internationaux de réflexion sur l’éducation nouvelle, on ne trouve pas, en France, d’échanges intellectuels structurants entre les deux courants de pensée (publications spécifiques, nombre significatifs d’articles dans des revues, colloques, etc).

Bien évidemment, les cadres du scoutisme, tant au niveau international que français, ne vivent pas dans un bocal, ils sont impactés par les débats et les écrits sur l’éducation nouvelle, et donc sur la pensée de Maria Montessori. Cependant, n’oublions pas que les principes et méthodes du scoutisme sont figés avant que Maria Montessori ne publie son premier livre.

Alors, qu’est-ce qui se ressemble et qu’est-ce qui diverge dans ces 2 méthodes éducatives ?

Quand le scoutisme ressemble à Montessori

Un premier point de ressemblance, amusant, c’est la cadre strict des deux méthodes. À mettre en regard avec leur longévité, et leur succès. La pédagogie de Maria Montessori prise au sens strict est très contraignante, elle se fonde sur la manipulation d’objets inventés par la pédagogue, dont l’usage est documenté précisément. Tout est décrit, jusque dans le rangement de ces objets dans la salle de classe. Le fondateur du scoutisme a lui aussi décrit très précisément les éléments de sa méthode, qui doivent tous être appliqués et qui constituent une sorte de label. Depuis 1907, les organisations scoutes proposent à leurs membres des manuels où tous les éléments de la méthode sont détailés, jusque dans la couleur des badges donnés lors d’une acquisition de compétence ou les paroles prononcées quand un enfant passe un cap, ou quand le groupe vit un moment collectif.

Au-delà de ça, le scoutisme ressemble à Montessori, pour deux dimensions fortes de la méthode italienne. La première est l’acquisition d’autonomie. Le principe de base de Montessori est de laisser l’enfant manipuler seul et sans aide d’un adulte des formes et des objets pensés pour l’accompagner dans son apprentissage de manière autonome. La finalité derrière est de permettre à l’enfant de s’émanciper tôt de la nécessité de demander de l’aide à un adulte dans des nécessités de la vie quotidienne. C’est ce nouveau regard sur l’enfant qui a permis que dans toutes les écoles du monde on trouve des chaises ou des toilettes miniatures, que les enfants peuvent utiliser seuls. Le scoutisme porte aussi, en lui, l’idée de permettre le plus vite possible d’être autonome et d’apprendre à faire seul. Pour cela il utilise, ce que les organisations scoutes appellent le “faire avec”, et propose aux enfants des activités d’adultes, comme d’utiliser des outils, de se promener seul dans la nature, d’allumer des feux ou de vivre en autonomie loin des commodités de la ville.

Maria Montessori, catholique, agrémente ses écrits de considérations sur le bien-être de l’enfant et son développement spirituel. Elle a toute une réflexion sur le bonheur et l’élévation de l’enfant vers la beauté. Cette dimension spirituelle dans l’éducation et la pédagogie est aussi présente dans le scoutisme, qu’il soit chrétien ou non (oui le scoutisme n’est pas forcément chrétien). L’idée de former des hommes et des femmes heureux, de vivre des moments de joie est très présente. Par ailleurs, la contemplation de la nature, l’éducation à la beauté et à l’introspection se retrouvent dans le vécu scout.

Quand le scoutisme et Montessori divergent…

La méthode de Maria Montessori met l’accent sur les choix individuels de l’enfant. Il va de lui-même vers différentes activités et manipulations qui lui sont proposées. Il est libre de son apprentissage et du temps qu’il consacre à chaque activité. Le scoutisme propose ce qu’il appelle la “progression personnelle” : les fameux “badges” que le jeune choisit de passer dans des domaines de son choix. Cependant, le coeur du scoutisme reste l’apprentissage de la vie en collectivité, le projet décidé et réalisé ensemble et la responsabilité qui en résulte pour chacun et chacune. Dans une journée de camp scout les moments les plus importants sont les moments ensemble. Au contraire, les moments privilégiés dans une école Montessori sont en individuels.

Dans le même ordre d’idée, Montessori met très fortement en avant le goût de l’enfant et son libre choix. Il va de lui-même vers une activité ou un objet à manipuler et ce choix ne sera pas contrarié par l’adulte. C’est un élément indispensable de la méthode : la liberté laissée à l’enfant dans son parcours d’apprentissage. Au contraire, le scoutisme, pédagogie de l’aventure qui reprend fortement, à sa fondation, des activités simulant les équipes d’explorateurs coloniaux, met l’accent sur le chef qui donne une direction. Aujourd’hui cet aspect est nuancé et les groupes se donnent collectivement des objectifs à atteindre, encadrés par de jeunes adultes bénévoles. Il n’empêche, en camp scout, l’enfant n’est pas libre de ses horaires et de son parcours éducatif, il doit s’inscrire dans le cadre collectif qui lui est proposé

Si les liens intellectuels entre les pensées éducatives montessorienne et scoutes ne sont pas structurants, il est certain qu’il a existé des échanges et des passerelles, comme avec d’autres courants de l’éducation nouvelle. A y regarder de plus près, sur le terrain, on voit des rapprochements possibles sur la vision de l’enfant, de son développement et son besoin d’autonomie, ou encore le cadre fort des 2 méthodes. On note aussi des divergences, notamment sur le lien au collectif et l’apprentissage de la citoyenneté. Ajoutons aussi que le matériel Montessori est bien plus complexe qu’une tente et un feu de camp…

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