Lettre à Anne Hidalgo pour interdire les pubs sexistes à Paris

Mme Hidalgo, interdisez les pubs sexistes dans l’espace public ! Ma lettre à la maire de Paris, parue dans Streetvox, le 8 janvier 2017.

Anne Hidalgo, en tant que maire de Paris, vous pouvez interdire les pubs sexistes dans l’espace public. Alors que le CSA pourra bientôt contrôler le sexisme dans la publicité, et que le maire de Londres a supprimé les corps irréalistes des pubs du métro, il est temps de montrer que la capitale de la France est à l’avant-garde de la lutte pour l’égalité homme-femme.

Utiliser des corps de femmes sans visage pour vendre des paquets de lessive, rendre irréaliste le corps féminin, donner une image dégradée ou humiliante des femmes, jouer sur les stéréotypes sexistes : dans la pub, ces pratiques sont si courantes qu’on ne les voit même plus.  Certains pensent qu’elles n’ont aucune importance, qu’il suffit de ne pas les regarder. Ils ont tort : c’est comme ça que la pub nous fait acheter, et façonne notre représentation du monde et notre rapport à l’autre plus qu’aucun film ou livre ne le peut. On est tous perméables à la pub, particulièrement celle qui s’affiche en gros sur les Abribus et happent notre regard.

Ces représentations sexistes du monde, omniprésentes dans les espaces publics, ont des conséquences. Les violences et le harcèlement de rue par exemple. Longtemps invisible et totalement intégré par les femmes elles-mêmes, ce dernier est depuis quelques années un objet de lutte des femmes. Sous l’impulsion des associations féministes le gouvernement s’est emparé du sujet, notamment dans les transports publics. Il était plus que temps, puisque le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes a montré en 2015 que 100% des femmes étaient harcelées dans les transports en raison de leur sexe, au moins une fois dans leur vie. Ce rapport marque un tournant : le harcèlement de rue est désormais reconnu non pas comme un phénomène résiduel mais comme une violence systémique inscrite profondément dans notre culture de domination masculine. Pour réduire le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports il préconisait, entre autre, d’agir sur le climat qui permet ces actes. Par exemple par l’élaboration d’une charte luttant contre le sexisme et les stéréotypes de sexe diffusés dans les publicités.

Cette mesure n’a pas été retenue par le gouvernement. Elle aurait pourtant eu des effets bénéfiques sur le harcèlement de rue mais aussi sur toutes les manifestations du sexisme dans notre société. Mettre en place un véritable organe national et indépendant de contrôle des publicités est long et nécessite des moyens humains et financiers. Mais interdire les publicités sexistes dans un espace donné est à la portée des élus locaux, s’ils en ont la volonté politique.

Ainsi, sans attendre une action de ce gouvernement ou espérer que le prochain fasse de la lutte contre le sexisme une priorité,  la mairie de Paris peut dès aujourd’hui éliminer les pubs sexistes des panneaux publicitaires. Elle peut collaborer avec le Stif et la région Ile-de-France pour faire pareil dans le métro.

Un des effets de cette interdiction sera de lancer et nourrir un débat public et citoyen sur ce qu’est une image sexiste. Et ainsi provoquer une prise de conscience. Parce qu’il ne s’agit pas d’interdire toute représentation sexuée des femmes dans une logique pudibonde. Mais bien d’éliminer les messages non désirés qui nous enferment dans des rôles d’agresseurs et de victimes, de dominants et de dominées, dans une logique de prévention des violences sexistes.

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