Même en forêt, elles l’ont vu marcher sur la Lune

sur la lune

La retransmission des premiers pas de l’homme sur la lune en 1969 a certainement été un tournant dans le rapport au petit écran. Lorsque Neil Amstrong est mort, un ami m’a demandé d’interroger des anciennes éclaireuses sur cet événement. Ce témoignage montre bien le changement de pratiques audio-visuelles qui s’opérait : une télévision fut déplacée au fin fond de la forêt pour l’occasion ! La parole à Denise Zwiling, qui a bien voulu écrire son histoire  (merci) :

 

 

Fédération Française des Eclaireuses Unionistes (FFE-U)

Camp National des Clans libres

Juillet 1969 – Château Labat

L’été 1969 a été chaud. Très chaud. La FFE-U avait organisé un camp pour les clans libres, groupes d’éclaireuses autogérés, sans encadrement permanent. Pour les faire camper, il fallait constituer un encadrement, composé de commissaires, nationales, provinciales, ou de district, des conseillères des clans libres concernés, de membres de la FFE-U disponibles.

Ce camp était dirigé par Edmée Dumont. Il regroupait un grand nombre d’éclaireuses. 100 ? 150 ? Je ne sais plus. L’encadrement aussi était nombreux. 12 ou 15 personnes.

Nous étions dans la région de Bordeaux (Château Labat ?), et nous campions au bout d’une belle allée (2 ou 300 mètres ?) dans un sous-bois ombragé, et disposions d’une immense prairie au chaume craquant et desséché, qu’il était impossible de traverser en plein soleil, tellement ça tapait. Nous en faisions le tour, en passant dans l’ombre des arbres, même si le détour était important et fastidieux.

Assurant l’intendance, il fallait être assez tôt le matin aux halles, pour le ravitaillement. 5 heures d’habitude. Mais ce jour-là, on y était un peu plus tôt. C’est ainsi que nous avons vu, le 21 juillet (en direct !!) les premiers pas sur la lune. Il était impossible de ne pas suivre l’événement. Tout s’était arrêté. Il y avait la télé allumée dans tous les stands, tous les bistrots. Un monde fou. C’était une atmosphère de fête, de convivialité étonnante. Il faisait nuit. Le café coulait à flots. L’émotion était palpable. Liesse nationale.

La maîtrise du camp avait voulu que les éclaireuses puissent voir ça. C’était un événement comme on n’en voit que peu dans sa vie. Le projet a consisté à installer, au camp, la télévision. On a donc loué un poste (je ne sais plus ni où, ni comment), qui a été accroché dans les branches basses d’un arbre immense, en bordure de la grande prairie. Peut-être à 2 m du sol. De façon à ce que les filles, assises à l’ombre, puissent voir. Et puis il a fallu mettre une alimentation électrique. Les ouvriers ont donc tiré une ligne depuis la route, déroulé 200 ou 300 mètres de fil, et branché le poste.

La retransmission a eu lieu dans l’après midi. Il y en a peut-être eu plusieurs, d’ailleurs. C’était en noir et blanc, bien sûr, et ce n’était pas très net. D’abord, la plupart des filles étaient assises un peu loin du poste, même si on les avait bien tassées, et puis la luminosité ambiante rendait les images faibles.

Mais on a vu. C’est une chose de savoir, c’en est une autre de voir. Ca nous avait semblé important que les éclaireuses ne passent pas à côté de cet événement, même si, d’habitude, les camps d’éclaireuses vivaient pendant trois semaines de camps, coupés de l’actualité.

Et, cerise sur le gâteau, la société qui a installé cette télé pour quelques heures, l’a fait gracieusement. Etait-ce sa manière de participer à l’expansion de la télévision ? Ou peut-être aussi un coup de pub…

Denise Zwilling Olgiati (Denise est présidente de l’association des anciennes de la FFE)

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