Najat Vallaud-Belkacem, la bonne nouvelle ?

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Une femme qui a fait beaucoup au ministère du droit des femmes et qui a été ministre de la jeunesse et des sports, pour être la première ministre femme de l’éducation nationale : une nouvelle porteuse d’espoir.

Je n’ai jamais écrit mon avis sur la polémique autour de la «théorie» du genre. Ce terme de « théorie » est utilisé comme arme pour attaquer le domaine de recherche des « études de genre », parce qu’elles commencent timidement à se faire connaître en France et à avoir des retombées (positives) dans différents secteurs de notre société, notamment le travail et l’éducation (1er congrès européen en France en septembre !).
Des dizaines de blogueurs l’ont dit, sur tous les tons, et cela n’a pas changé d’un iota la détermination des tenants de la Manif pour tous. Dialogue de sourd.

Je m’installais au clavier aujourd’hui pour expliquer pourquoi et comment j’utilise le genre, tout en ne me revendiquant pas des « études de genre ». Pour inscrire sur l’écran, avec des mots simples, ce qu’une jeune chercheuse en sciences de l’éducation peut trouver d’intéressant dans cet outil, pour (tenter d’) écrire une histoire de l’éducation des femmes et de la mixité qui soit porteuse de sens pour le présent.

Pourtant, je m’aperçois, qu’avant de vous dire cela, j’ai envie de saluer la nomination de Madame Najat Vallaud-Belkacem au poste de ministre de l’éducation nationale. En tant que doctorante en sciences de l’éducation, en tant qu’actrice de l’éducation populaire, en tant que féministe, je pense que c’est une nouvelle porteuse de symbole et d’espoir. Et les attaques racistes et sexistes (un article parmi les centaines publiés), dont Madame Vallaud-Belkacem est la cible me confortent dans cette idée :  cette nomination est la (seule) bonne nouvelle du dernier remaniement. Bien que cela handicape beaucoup l’action contre le harcèlement de rue qu’elle avait entamée, en collaboration avec le collectif Stop Harcèlement de Rue auquel je participe. La campagne nationale prévue pour novembre est remise en cause par le changement de ministre, et l’important travail fourni bénévolement par des acteurs de la société civile pourrait être mis à la poubelle. Merci le remaniement.  Passons (pour le moment du moins).

images1NVB à l’éduc’ nat’, un symbole

Les éditorialistes haineux ont raison sur un point : la nomination d’une femme jeune et d’origine marocaine à un poste aussi élevé est un symbole. Et bim dans ta face la reproduction ! Ça ne fait pas d’elle la ministre qui révolutionnera l’école et l’éducation (ne rêvons pas), mais les symboles font du bien, ils donnent de l’espoir. Et on a besoin d’espoir en ce moment.

NVB, une jeune femme

Vous rappelez-vous de ce temps où enseignements masculin et féminin étaient séparés ? Il y avait des femmes dans les plus hautes sphères de l’administration scolaire. Elles occupaient des postes décisionnels, proposaient des orientations nouvelles et des réformes. Elles ont promu l’éducation des femmes. Avec la fusion des administrations scolaires féminine et masculine, le corps enseignant s’est massivement féminisé (sauf à l’université évidemment), tandis que les femmes ont perdu leur pouvoir dans les postes d’inspectrices et au-delà. Les femmes sur le terrain, les hommes aux manettes. Une femme fut ministre de la défense, à la tête de nos virils militaires. Mais jamais de femme à l’éducation nationale ! L’école de la République, garante de la formation du citoyen, c’était trop important pour le confier au sexe faible. D’ailleurs, personne n’avait jamais relevé cette anomalie avant le 26 août 2014. Incroyable mais vrai.

Dans une école qui peine à faire de l’égalité et de la mixité une réalité au quotidien et dans le travail, l’arrivée d’une femme, anciennement en charge de l’égalité homme – femme, qui a défendu les ABCD de l’égalité, ça fait plaisir. Bien sûr, on attend encore que les ABCD soient rétablis, mais restons optimistes.

NVB et les études de genre

Najat Vallaud-Belkacem a concentré les attaques sur les études de genre. Ce qui est une aberration puisqu’elle n’est pas chercheuse et que le secteur des études de genre reste un parent pauvre de la recherche en France. Mais bon, la voici parachutée représentante de ce domaine de recherche. Les chercheurs s’en serait peut-être bien passé, mais qu’à cela ne tienne, la voici ministre de l’éducation. Et bim, dans la face des réac’ !

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Le 1er congrès des Études de genre en France, à Lyon en septembre a été l’occasion d’un ridicule rassemblement de protestation de groupuscules

NVB et l’éducation populaire

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Les professionnels de l’animation, oubliés de la réforme des rythmes éducatifs, demandent au ministère de la jeunesse davantage de reconnaissance et une valorisation des diplômes

Najat Vallaud-Belkacem est ancienne ministre de la jeunesse et des sports. Quelle déception quand elle a pris un portefeuille amputé de l’éducation populaire ! Et pourtant, nous voici avec une ministre de l’éducation nationale passée par le ministère qui gère les politiques jeunesse, les diplômes d’animateurs, les projets de développement territoriaux, etc. Et bim dans la face du tout scolaire !

J’avais dit à la rentrée 2013 combien l’entrée de l’animation et de l’éducation populaire dans les écoles pouvait représenter une avancée. Je trouvais déjà que la réforme des rythmes éducatifs (je me refuse à utiliser «rythmes scolaires») n’allait pas assez loin, qu’elle devait se doter de plus de moyens, qu’elle devait être l’occasion d’un vrai partenariat entre éducation nationale et éducation populaire, un tremplin pour valoriser les diplômes. Il n’y a pas assez de concertation entre les deux secteurs d’activités. Une ministre qui a eu des échanges avec les acteurs de l’éducation populaire, c’est l’espoir d’une réelle collaboration entre éducation nationale et éducation populaire pour une nouvelle vision des savoirs et des apprentissages, sans suprématie d’une méthode sur l’autre.

A deux jours du vote de confiance du gouvernement Valls 2, et alors que j’espère que le plus de députés possible ne voteront pas la confiance, j’ai envie de me réjouir un peu, d’avoir un peu d’espoir : Najat Vallaud-Belkacem à l’éducation nationale, c’est une bonne nouvelle !

Note 6 mois plus tard : un jour il faudra tout de même que j’écrive un billet “Najat Vallaud Belkacem, la déception”

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