Pour garder le budget droit des femmes, il fallait un ministère (et une ministre)

Nous avions raison de vouloir un ministère !

Malgré les rocambolesques tentatives de la secrétaire d’état à l’égalité femmes hommes pour discréditer la parole et l’inquiétude des féministes depuis l’annonce dimanche d’une possible baisse importante du budget alloué aux droits des femmes (vous me direz elles ont l’habitude), c’est désormais officiel : le budget droit des femmes est réduit de 7,5 millions d’euros, soit près de 25% d’économie. Marlène Schiappa a eu beau crier à la “fake news” et traiter les féministes de menteuses, ça n’a pas empêché la catastrophe annoncée. Elle vient d’inventer la fake fake news. Le ridicule ne tue pas.

Cette situation aurait pu être évitée si le gouvernement Philippe avait eu, comme Macron l’avait promis, un ministère de plein exercice. Et une ministre qui a du poids politique. Cette baisse historique du budget, dans un climat de défiance envers les associations, est l’illustration parfaite que, non seulement nous avions besoin d’un ministère, mais en plus nous avions besoin qu’il soit dirigé par une personne capable d’entretenir un rapport de force favorable avec des Darmarin et des Lemaire. Or nous avons un secrétariat d’état. Et une secrétaire d’état qui affirme elle-même qu’elle a souhaité ne pas être ministre et multiplie les annonces gadgets en s’agitant beaucoup. Comment peut-on s’imaginer peser dans l’arbitrage budgétaire lorsqu’on demande à n’être réduite qu’à portion congrue et se comporte comme telle ?

Le candidat Macron nous avait promis un ministère des droits des femmes et même, dans sa grande opération séduction de l’électorat féminin et des féministes, une grande cause nationale pour atteindre l’égalité femmes –hommes en 5 ans. Des promesses qui, encore plus que les autres, ont fait long feu, puisque dès l’annonce du 1er gouvernement Philippe nous apprenions que nous n’aurions qu’un Secrétariat d’Etat à l’égalité femmes hommes et non pas le ministère prévu. Pour porter une grande cause nationale, un secrétariat d’état ça fait pas lourd… Mais avec une réduction du budget de 25% ça devient impossible. 25% ! Un quart du budget !

Vous imaginez si on réduisait de 25% le budget de la justice par exemple ? Comment ça se passerait ? Un quart des juges et des matons en moins ? Mais surtout imaginez-vous un garde des sceaux laisser tranquillement Bercy lui retirer un quart de son enveloppe ? Essayons un peu : voilà un ministre de la justice qui apprend que 25% de son budget est en danger. Les juges, les greffiers, les syndicats pénitentiaires s’alarment. Notre ministre décroche son téléphone, appelle le ministère du budget, négocie, s’emporte, menace. Bref il discute, il s’engage dans la bataille de l’arbitrage budgétaire. Il sera toujours plus efficace si il a un rapport de force en sa faveur. C’est exactement pour établir ce rapport de force favorable que les féministes réclament un ministère avec à sa tête une femme qui a du poids politique.

Dans le cas qui nous occupe, le rapport de force est, dès le départ, défavorable pour les droits des femmes. La secrétaire d’état prend ses fonctions sur une défaite : au lieu du ministère promis, il n’y a qu’un pâle sous ministère. Loin de regretter cette faiblesse, elle exprime publiquement que c’est elle qui a demandé à avoir moins de pouvoir. Ne pas siéger en conseil des ministres, ne pas participer à l’arbitrage budgétaire, Marlène Schiappa nous a expliqué que c’était une force. A Bercy, ils ont dû prendre bonne note, se frotter les mains en écoutant une dirigeante politique se réjouir de ne pas pouvoir négocier son budget… On connaît le résultat.
Les premières semaines du secrétariat d’état ont vu les agitations de communication, entre promenades nocturnes à la Chapelle et polémiques inutiles sur Twitter, affaiblir une personnalité qui était déjà loin d’avoir le poids politique nécessaire à tenir tête à des hommes de droite anciens parlementaires et plusieurs fois ministres. Lorsque les inquiétudes se sont faites entendre du côté des associations, Marlène Schiappa loin d’y répondre a semé le flou et invectivé des femmes qu’elles devraient traiter en partenaire et surtout dont elle doit défendre les droits. Mais non nous étions des menteuses, et les féministes ont vu fleurir des comptes anonymes de soutien à la secrétaire d’état venant les traiter de menteuses.  Une ambiance cours de de récré qui ne permet ni d’apaiser les rapports avec les associations, ni de négocier un arbitrage budgétaire plus favorable. Cela fait seulement perdre du temps sur Twitter.

Une telle baisse de budget, une telle défiance envers les associations, n’aurait pas été possible si les droits des femmes avait eu, comme les féministes le demandaient, comme Macron l’avait promis, un ministère. Et une ministre assez influente et solide pour négocier. Les féministes se mobilisent pour demander que soit renégocié le budget des droits des femmes. Plus que jamais, nous devons exiger un ministère de plein exercice.

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