Du sénat italien à la rue de Ménilmontant : culture machiste partout.

Le 2 octobre dernier, les sénateurs italiens Lucio Barani et Vincenzo D’Anna ont mimé un acte sexuel pendant que la sénatrice du Mouvement 5-étoiles Barbara Leezi, avait la parole. Une preuve de plus que la beaufitude dans le sexisme ordinaire n’est pas l’apanage des classes populaires.

Capture d'écran du journal de "la 7" diffusée par le mouvement 5 étoiles (Italie)

Capture d’écran du journal de “la 7″ diffusée par le mouvement 5 étoiles (Italie)

Depuis que je lutte contre le harcèlement sexiste dans l’espace public, on me répète à l’envi que ces actes concernent des catégories spécifiques de la population masculine. Un truc de quelques beauf rustres mal élevés, une question de culture, sous-entendu les harceleurs sont les pauvres, les noirs et les arabes.

On oublie bien vite que l’espace politique est aussi un espace public et que les mêmes gestes vulgaires s’y voient. Oui, le harcèlement sexiste est une question de culture : la culture machiste. Cette culture omniprésente en France et ailleurs (même si elle l’est peut-être moins dans certains pays), tant dans l’espace privé que dans l’espace public.

Et pour ce qui concerne ce dernier, les puissants ne sont pas en reste !

Cécile Duflot se fait siffler à l’Assemblée Nationale, monsieur le député Balkany se défend : “cela a été mal interprété il s’agissait d’un compliment, nous avons admiré son nouveau look”. Quelle différence avec le relou qui reluque et “complimente” ma jupe quand je passe dans la rue ?

Deux sénateurs italiens miment un acte sexuel devant une collègue dans l’exercice de ses fonctions. Ils se défendent : leur geste a été mal interprété. Quelle différence avec le relou dans le bus qui mime une fellation en me fixant ?

Un éminent professeur des universités pose négligemment sa main sur la cuisse d’une étudiante qui n’a rien demandé. Il se défend : l’étudiante a dû mal interpréter, ce frôlement n’était pas intentionnel. Quelle différence avec le relou assis à côté de moi dans le métro, qui pose la main sur ma cuisse ?

Un homme politique fait des propositions salaces à une journaliste. Il se défend : c’était pour être gentil. Quelle différence avec le relou qui vient me déranger avec un « t’es bonne, donne moi ton numéro, bah quoi je suis sympa de te regarder » ?

Le projet crocodiles ©Thomas Mathieu - Les croco sont partout :)

Le projet crocodiles ©Thomas Mathieu – Les croco sont partout :)

Quelle différence ? La position sociale et politique des machos qui se permettent ces actes. Cependant, au fond il s’agit du même continuum en jeu dans le sexisme ordinaire : l’idée encore profondément ancrée dans nos imaginaires collectifs que les femmes ne sont pas légitimes dans l’espace public, qu’elles devraient toujours être reconnaissantes du désir des hommes. Les hommes de pouvoir peuvent bien faire une hiérarchie entre leur “grivoiserie à la française” et la vulgarité crasse des ados qui traînent dans la rue, pour les femmes qui en sont victimes c’est du pareil au même : elles vivent ces insultes comme une violence, du sénat à la rue. 

Combattre le harcèlement sexiste dans l’espace public c’est amorcer un changement en profondeur des mentalités. L’éducation des hommes en est une clé. L’éducation de tous les hommes. Et à ce petit jeu, les députés devraient montrer l’exemple ! De l’assemblée nationale à la rue la société doit s’indigner devant de tels gestes, elle doit les sanctionner fermement, elle doit prendre en charge l’éducation à l’égalité et à la mixité dans tous les espaces, pour toutes les catégories sociales, et sans présager d’une prédisposition au sexisme selon nos origines sociales ou ethniques. Arrêtons de nous cacher derrière des explications par trop simplistes et changeons nos comportements partout et qui que nous soyons. 

Note aux hommes tentés par les male tears : Il n’est pas écrit dans ce billet que tous les hommes sont des harceleurs, mais qu’il y a des harceleurs dans tous les milieux. Soyez rassurés je ne parle pas de vous.

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