La fête de l’huma ou la fête des mâles ?

Encore une année où, malgré les efforts et les discussions de Stop harcèlement de rue, la direction de la Fête de l’huma n’aura rien fait contre le harcèlement sexiste qui sévit dans ses allées… 


Ce week-end, c’est la Fête de l’huma. Chouette. La Fête de l’huma c’est l’occasion de prolonger un peu les vacances en parlant politique, en s’enrichissant des expériences associatives des un-es et des autres, en préparant les actions et les luttes de l’automne. La Fête de l’huma c’est aussi les verres entre amis, les camarades qu’on n’a pas vus depuis des lustres et qu’on croise au détour d’une avenue qui porte le nom d’une légende du mouvement ouvrier. C’est un petit côté désuet, à côté d’une (parfois) bonne musique et de souvenirs de jeunesse.

Mais la Fête de l’huma c’est aussi du harcèlement sexiste à tous les coins de rues aux grands noms féministes. Comme dans tous les rassemblements populaires, peut-être un peu plus du fait de son ampleur, de la diversité des participant-es et, il faut bien le dire, de la culture traditionnellement macho du PCF et du mouvement ouvrier.

Mais depuis quarante ans, les communistes comme le mouvement social sont devenus féministes, non ? Alors, si on ne s’attend pas à ce que chaque participant-e à la fête le soit, on pourrait imaginer que les organisateurs se soucieraient que, depuis plusieurs années, individus et associations les interpellent sur le sexisme ordinaire qui y règne.

Et bien non, enfin si un peu, enfin peut-être, heu une autre fois… Depuis plus d’un an que l’association Stop harcèlement de rue a écrit à la direction de la Fête de l’huma (lettre du 17 juillet 2014), c’est le grand bal des hypocrites.

Pour la dernière fête, après des premiers contacts, mais devant l’impossibilité d’obtenir une action concrète à l’intérieur du parc de la Courneuve, Stop harcèlement de rue avait organisé un happening à l’entrée pour sensibiliser et attirer l’attention des organisateurs.

Cela semblait avoir fonctionné, puisque direction de la fête avait donné un rendez-vous à l’association en mai 2015. Cependant, aucune des propositions (peu coûteuses) n’a trouvé un écho.

  • Sérigraphier des écocup (gobelets réutilisables) avec un message de sensibilisation ? – On n’en fait pas (mon oeil, on a vu ceux de 2011)
  • Poser des affiches dans les allées ? – Il n’y a pas de place et ce serait favoriser une association (qui a dit qu’il y aurait un logo ?)
  • Glisser des conseils et un avertissement dans le programme ? – Ils sont déjà imprimés

Alors vous pensez bien que pour la formation des personnels de sécurité, les féministes peuvent toujours courir. Et pourtant rien qu’à voir les gobelets bien sexistes-tagada-tsoin-tsoin-qu’est-ce-qu’on-rigole de 2011, je me dis que ce ne sont pas les moyens qui manquent, mais bien la volonté de faire passer le bon message :

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L’écocup de l’Huma 2011, par Wolinsky

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Ecocup de l’Huma 2011 par Wolinsky

Finalement, Stop harcèlement de rue s’est vu proposé une réduction sur le prix d’un stand. Outre que l’association n’a pas les moyens humains et financiers de tenir un stand, ce n’est pas sa vocation d’aller chaque année distribuer quelques tracts, quand une grosse machine comme la Fête de l’huma pourrait s’engager elle-même dans la lutte contre le harcèlement de rue en se donnant les moyens d’être un “festival sans relou”.

L’enjeu est bien plus important que de faire ou non la charité à une association : la Fête de l’huma veut-elle oui ou non lutter contre le harcèlement sexiste qui sévit dans ses allées ? Vraiment, la Fête de l’huma n’a pas les moyens d’imprimer des messages rigolo sur ses écocups ? Elle ne peut pas remplacer quelques affiches pour Pastis 51 par des avertissements contre le harcèlement de rue ?

Ces mesures ne seraient pas des «faveurs» faites à une association plutôt qu’à une autre, mais simplement un engagement des organisateurs pour faire de ce beau rassemblement populaire, une fête réellement mixte où femmes et hommes ont du plaisir à se promener sans qu’on leur parle de leur cul ou qu’on les siffle au détour de l’allée Angela Davis (qui ferait une drôle de tête si elle l’apprenait !).

Cette année, les copines de Stop harcèlement de rue ont la patience, une fois encore, d’aller distribuer des conseils à l’extérieur de la fête. Celles qui ont payé leur place, prendront sur leur temps de loisir pour faire une petite action de sensibilisation. C’est beaucoup pour elles, mais bien peu pour un événement d’une telle ampleur. Tout à fait insuffisant en tout cas à enrayer efficacement le sexisme ordinaire de cette fête progressiste, et surtout c’est assez honteux d’en arriver là après plusieurs mois de discussions.

De mon côté, je serai à la DIY punk party, où il y aura un stand de sensibilisation au harcèlement de rue, quelques personnes médiatrices en cas de problème de sexisme (qui ne manqueront pas d’arriver vu la scène punk parisienne), et une affiche “Le slam c’est pas open bar sur ma culotte”.

Cette année, un petit festival “Do It Yourself” fait mieux que la “très progressiste” Fête de l’huma, où se discutera pourtant l’avenir des luttes sociales et féministes, l’avenir de la gauche en vue de l’année politique à venir.

A bon entendeur…

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