Les féministes et le biclou, une histoire d’amour.

J’ai transformé une partie de mon dernier article en une chronique audio, pour vous raconter pourquoi le biclou fut un objet de revendication des femmes et féministes et comment il participa à leur émancipation.


 

Les femmes qui se déplacent en bicyclette en ville le savent : il n’y a pas un trajet sans le gars qui se penche en criant « Allez ! Allez ! Encore un effort », ou ce petit malin qui se croit drôle en levant le pouce comme pour faire du stop. La bonne blague éculée qui arrive immanquablement quand on est en pleine côte et surtout si on est en talons ou en jupe. Alors qu’à vélo on pensait pouvoir y échapper, le harcèlement de rue s’invite sur notre selle. Comme si c’était ahurissant de voir une fille monter l’avenue Gambetta en danseuse !
Évidemment, officiellement personne ne s’étonne de voir une femme à bicyclette en ville. Alors qu’est ce qui cloche ? L’attrait particulier des hommes pour une femme qui passe un célérifère entre les jambes, cette forme de curiosité et d’attention malsaine, de quel méandre de l’imaginaire collectif  sont-ils issus ? Il pourrait bien venir d’une histoire mouvementée entre les femmes et leur petite reine.

Car les filles, les féministes et le biclou c’est une longue histoire d’amour. Instrument de leur libération et objet de revendication, le vélo est, plus qu’un autre sport ou moyen de transport, intimement lié à l’histoire de l’émancipation des femmes. En 1896, la militante des droits des femmes américaine Susan Anthony affirmait même : «La bicyclette a fait plus pour l’émancipation des femmes que n’importe quelle chose au monde. Je persiste et je me réjouis chaque fois que je vois une femme à vélo.»
Conçue pour des hommes, cette petite reine de mécanique a séduit rapidement les femmes éprises de liberté dans leurs déplacements, qui l’enfourchent dès les années 1860. Il y avait cependant de nombreux obstacles. Des médecins avaient même “scientifiquement démontré” que la pratique du vélo encourageait les femmes au vice car elles se grisaient de la vitesse. S’asseoir sur une selle aurait aussi réduit leurs capacités reproductives. Et puis, comment faire du vélo avec une robe à crinoline ?
C’est alors que le bloomer a fait son apparition ! Le bloomer est un pantalon bouffant serré aux chevilles ou aux mollet. Il a permis une véritable libération cycliste pour les femmes. Attirés par l’appât du gain, les industriels du cyclisme s’emparent de ce nouveau marché. A l’orée du 20è siècle, des vélos permettant de pédaler en jupe sortent d’usine. Las, le cyclisme reste chasse gardée des hommes longtemps, très longtemps. Puisque les premiers championnats de femmes datent des années 1950. Aujourd’hui, il doit bien subsister des obstacles puisqu’il y a des associations de promotion du cyclisme féminin.

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L’idée que le cyclisme féminin resterait relativement transgressif semble totalement archaïque. Pourtant force est de constater, que les cyclistEs sont encore cet objet de curiosité, voire de désir et à disposition du premier passant croisé. Y aurait-il encore ancrée, bien profond dans notre inconscient collectif, l’idée que faire du vélo pour une femme est une petite transgression, si excitante aux yeux des certains hommes ?

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