Rythmes scolaires : vite l’éduc’ pop’ à l’école !

@Robert Doisneau

@Robert Doisneau

Rétablir la vérité et proposer des solutions…

La réforme de Vincent Peillon sur les rythmes scolaires suscite depuis des mois des commentaires, tous négatifs. Tout est dit, du vrai comme du faux, avec la démagogie inhérente à toute campagne électorale. Je pense  qu’il y a des problèmes. Mais pas là où, à gauche comme à droite et dans les syndicats enseignants, on veut nous le faire croire. Si nous essayons de garder la tête froide et de proposer de vrais arguments et de vraies propositions ? Si nous regardions les choses du point de vue des premiers concernés : les animateurs et les acteurs de l’éducation populaire ?

Oui à une réforme !

 Oui, on a touché à l’école de la République, pilier de la construction de notre identité nationale. Ce temple où l’extérieur doit demander la permission pour avoir droit de cité, ces classes où le maître règne seul… Oui, dans cette école, nous voulons faire entrer d’autres acteurs de l’éducation, et nous allons abattre ses murs. Parce qu’en 2013, il n’est plus envisageable de fonctionner sur un modèle imaginé pendant la révolution et instauré au milieu du 19è siècle.

 En 2013, on s’aperçoit enfin que les problèmes que rencontre le système scolaire  viennent aussi de l’école élémentaire. Cette école où tout le monde passe et où chacun passera, ce qui la rend forcément efficace dans l’imaginaire collectif. Pourtant, depuis une décennie, les chercheurs alertent sur cette opinion erronée et dénoncent un « malentendu scolaire ». Car si l’école élémentaire formait équitablement des élèves à être aptes à suivre un enseignement général jusqu’au lycée, si elle remplissait réellement ses objectifs de formation de citoyens libres de leurs choix (donc conscients des réalités du monde hors des murs en briques datant de Jules Ferry), cela se saurait. Faire entrer l’éducation populaire à l’école serait une avancée, si cela se faisait dans de bonnes conditions et suit à une réflexion concertée.

On remet les pendules à l’heure

L’école élémentaire est communale depuis sa création, c’est-à-dire gérée par les municipalités. Entre la maternelle et le CM2, les élèves ont 24 heures de travail scolaire par semaine, ils reçoivent un enseignement régit par des programmes scolaires et une répartition horaire entre les matières, décidés au ministère, leurs enseignants sont recrutés, formés et inspectés par des académies appliquant des directives nationales. Ils sont payés selon la même grille de salaire, par l’État. Tout ceci ne changera pas.

Les locaux, la cantine, le temps péri-scolaire et le ramassage scolaire relèvent de la responsabilité des communes depuis le 19è siècle. Tout ceci ne changera pas. Sur ces temps il y avait déjà une inégalité de traitement. Certains petits français habitent à la montagne. Ils fréquentent des écoles à classe unique et font des sorties dans la neige après l’école. D’autres sont parisiens, ils profitent de professeurs de musique, d’art plastique et de sport payés par la ville et vont aux ateliers bleus le soir. Cette diversité continuera. Il eût été souhaitable que la réforme fut l’occasion d’offrir au plus grand nombre l’accès à un apprentissage informel de qualité.

Les temps péri-scolaires, qui étaient déjà à la charge des communes, vont profiter à plus d’enfants et seront plus longs. En d’autres termes, des acteurs privés (mais pas nécessairement marchants), vont franchir les lourdes portes de nos écoles. Les enfants n’y seront pas uniquement des élèves, ils verront qu’on peut aussi apprendre en pratiquant, apprendre à jouer, à se reposer, à s’ennuyer pourquoi pas. Ils ne vont pas travailler tout le temps. Si l’on se donne les moyens de cette ambition, ce serait un grand pas pour l’éducation.

Bien sûr, il y a des couacs. Il faut partager des locaux, il faut que les directeurs acceptent qu’ils n’ont pas le pouvoir de décision sur tous les temps d’ouverture de « leur » école (qui ne leur a jamais appartenu), que les enseignants laissent « leurs » classes, qui n’ont jamais été leur propriété. Il faut apprendre à faire les changements de personnel en douceur. Ne suffit-il pas d’en discuter sereinement pour que cela cesse immédiatement ?

Partage de locaux à la Doisneau

Partage de locaux à la Doisneau

À Paris, Garance qui faisait du poney le mercredi matin ira à l’école à la place, son cours de violon du jeudi sera remplacé par un atelier anglais avec ses camarades. Alan qui regardait la télé fera des mathématiques le mercredi matin, le soir il jouera tranquillement aux Légos avec des enfants de son âge. Il est content, des Légos il en demande à Noël depuis 3 ans. Si chacun y met du sien (et des moyens financiers !), à commencer par l’Éducation Nationale et les mairies, c’est possible. Lorsqu’il fut décidé que tous les enfants iraient à l’école, il y eût des difficultés d’application, mais elles furent surmontées. Aujourd’hui aussi, elles pourraient l’être.

 … Et pourtant ça ne va pas

D’abord parce que les premiers concernés, les animateurs et les acteurs de l’éducation populaire, premiers travailleurs concernés par la réforme, n’ont presque pas été consultés. Ensuite parce que Vincent Peillon a raté une occasion de créer un vrai dialogue entre le ministère de l’éducation nationale et celui de la jeunesse, des sports et de la vie associative. La ministre, Valérie Fourneyron, n’a d’ailleurs rien fait pour cela.

Les animateurs s’appellent eux-mêmes, les invisibles des rythmes. Excédés de ne pas être entendus, ils ont monté un collectif et tenté une mobilisation. Mais ce sont des travailleurs souvent précaires, peu syndiqués et peu revendicatifs. Cela fait partie de leur culture de métier, comme l’ont noté de nombreux sociologues et historiens. De plus, ce terme d’animateur recouvrent des réalités très différentes : quel rapport entre un titulaire d’un diplôme professionnel de direction de niveau BAC +5 et un vacataire étudiant ayant une formation BAFA ? Entre un salarié d’association et un employé de la mairie ? Car les activités péri-scolaires, selon les municipalités, sont prises en charge soit par un service municipal (comme à Paris), soit par une association de jeunesse et d’éducation populaire (les Francas ou la Ligue de l’enseignement par exemple).

Avec l’apport du ministère de Valérie Fourneyron (Jeunesse, Sports et Éducation populaire), et celui des animateurs, nous aurions pu imaginer un vaste plan de valorisation de la profession. Améliorer la qualité des diplômes et la professionnalisation, la culture de métier, entamées dans les années 1960 et abandonnées. Depuis les années 1970 et le glissement de l’éducation populaire vers l’animation socio-culturelle, les pouvoirs publics n’ont cessé de pressuriser les fédérations. L’arrêt des subventions de fonctionnement au profit d’appel d’offres a étouffé l’innovation pédagogique et a réduit l’indépendance du secteur. Moins de précarité, une alliance entre associations et municipalités : les animateurs étaient légitimes à les réclamer, ils ne furent ni écoutés ni soutenus.

Les fédérations souhaitent un travail en concertation entre ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la culture depuis mai 1968 ! C’est cela qu’il faut revendiquer et non pas regarder cette réforme par le petit bout de la lorgnette. Que les temps péri-scolaires soient pris en charge par les mairies ou délégués à des associations, les directeurs doivent être formés et avoir toute latitude pour faire appel à des prestataires extérieurs. Les budgets doivent donc le permettre. J’ai vu des écoles où les équipes enseignantes et péri-scolaires travaillaient en étroite collaboration. Des projets transversaux étaient menés mêlant savoirs savants et savoirs pratiques, temps d’enseignement et temps d’animation. Ailleurs, j’ai vu des écoles où enseignants et animateurs se tiraient dans les pattes. Le résultat c’est moins de bien être et moins d’apprentissage transversaux pour les enfants. Ces deux modèles existeront encore, mais il faut tendre à ce que le premier prenne le pas sur le second. Cela demande une réflexion nationale, des moyens nationaux, qui se déclineront nécessairement différemment localement.

Les acteurs de l’éducation populaire ont des propositions pour l’école. (ici par exemple) Les animateurs ne sont pas des gardiens d’enfants, écoutons-les !

On continue et on améliore

Depuis la suppression du samedi matin pour les élèves, les enseignants rattrapaient ces heures de travail par de l’accompagnement individuel d’élèves en difficulté. Cette mesure était impopulaire chez les professeurs (et peu mise en place). La première version de la réforme prévoyait de supprimer cet accompagnement et qu’en remplacement, les enseignants encadrent les activités hors-scolaires. En l’absence d’augmentation de salaires, ils ont refusé cette mesure et ont obtenu gain de cause. Il fut donc décidé que les temps péri-scolaires libérés par l’aménagement des rythmes scolaires seraient assurés par des animateurs (donc à la charge des communes, l’état n’ayant pas prévu ces budgets). Pour commencer, on n’arrête pas tout. Au contraire, on continue et on améliore. Les temps péri-scolaires sont gérés par les services municipaux et ne sont pas soumis à la réglementation du ministère de la Jeunesse et des sports concernant les centres de loisirs, plus exigeante. Est-ce à dire qu’il ne faut pas s’en inspirer ?

Alors premièrement, augmentons le nombre d’animateurs et le taux de personnel formé : un animateur pour 8 enfants avant 8 ans et un pour 12 enfants après 8 ans et pas plus d’un quart d’animateur non formé ou stagiaire (soit les taux des centres de loisirs et colonies). Chaque personne embauchée s’engageant à suivre une formation BAFA dans les 6 mois après son embauche. Pas plus de 10% de vacataires. Les directeurs d’accueils péri-scoalires doivent être formés à un diplôme de l’animation socio-culturelle reconnu par l’état : au minimum le BPJEPS avec de l’expérience (Brevet Professionnel Jeunesse Education Populaire et Sports, niveau bac), au mieux DEJEPS (Diplôme d’état jeunesse éducation populaire et sports, niveau bac+2). On aurait déjà fait un grand pas qualitatif, il s’agit de titulariser les précaires, d’embaucher et de mettre en place un plan de formation. Dans chaque ville, cela pose la question de l’aménagement des horaires. Est-il possible de proposer à du personnel qualifié de venir travailler 45 minutes ?

Une solution, adoptée par la mairie de Paris, est de proposer des ateliers aux enfants, animés par des professionnels Pourquoi pas, mais que l’organisation en soit cohérente. Chaque responsable des loisirs éducatifs dans une école, pourrait avoir un budget attribué pour créer son programme en fonction d’un projet global, réfléchi en concertation avec les enseignants et ouvert sur le quartier. Quand j’étais responsable en centre social, nous faisions déjà des activités et de l’accompagnement scolaire en partenariat, soit dans nos locaux, soit dans l’école (gratuitement) : ceci peut se penser avec d’autres partenaires, et se développer.

Pour avancer en ce sens on pourrait banaliser une journée de classe pour réunir tous les acteurs dans chaque école et monter des projets intéressants. Ce serait l’occasion de fixer des règles de fonctionnement collectif. Bref on discute, avec un médiateur si c’est nécessaire. Et puis hop, on agit. Il faut débloquer des fonds ? Oui, et vite. Mais, pour l’instant, l’argent est gaspillé semble-t-il, puisque personne n’est satisfait.

© Robert Doisneau

© Robert Doisneau

Ces propositions, comme celles des animateurs depuis le début des débats, ne sont pas totalement utopiques. Il est urgent de réunir tous les acteurs pour prendre des décisions qui satisfassent le plus grand nombre. Il s’agit de faire entrer le monde dans les écoles, de donner accès à des activités éducatives différentes. Et oui, des enfants, par moment, ne feront rien ou joueront, comme une respiration dans ces journées si longues, le droit au plaisir, à la paresse, quel bonheur !

 

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